{"id":3233,"date":"2025-11-14T08:24:43","date_gmt":"2025-11-14T08:24:43","guid":{"rendered":"https:\/\/gideuzelconseil.com\/?p=3233"},"modified":"2025-11-27T08:25:14","modified_gmt":"2025-11-27T08:25:14","slug":"lacceptabilite-sociale-dans-les-projets-nbs-comprendre-les-points-de-rupture-a-partir-de-situations-reelles","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/gideuzelconseil.com\/en\/lacceptabilite-sociale-dans-les-projets-nbs-comprendre-les-points-de-rupture-a-partir-de-situations-reelles\/","title":{"rendered":"L\u2019acceptabilit\u00e9 sociale dans les projets NBS : comprendre les points de rupture, \u00e0 partir de situations r\u00e9elles"},"content":{"rendered":"<h1 class=\"wp-block-heading\"><\/h1>\n\n\n\n<p class=\"has-medium-font-size wp-block-paragraph\">Dans l\u2019univers des projets carbone, on parle beaucoup de mod\u00e8les financiers, de MRV, de m\u00e9thodologies, de permanence. On parle moins de ce qui, pourtant, fait ou d\u00e9fait un projet avant m\u00eame qu\u2019un arbre ne d\u00e9passe un m\u00e8tre : la mani\u00e8re dont les communaut\u00e9s le per\u00e7oivent, l\u2019acceptent, ou le tol\u00e8rent. L\u2019acceptabilit\u00e9 sociale ne se lit pas dans un rapport ; elle se lit dans les gestes du quotidien : un agriculteur qui n\u2019arrose pas les plants, un chef qui ne vient plus aux r\u00e9unions, une p\u00e9pini\u00e8re communautaire qu\u2019on retrouve ferm\u00e9e, des enfants qui coupent des jeunes plants \u00ab pour jouer \u00bb.<br>Pour comprendre ce qui rend un projet durable, il faut regarder ce qui se passe <em>r\u00e9ellement<\/em> dans les villages o\u00f9 il s\u2019implante.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019acceptabilit\u00e9 sociale, c\u2019est d\u2019abord une affaire de territoire et de m\u00e9moire<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans beaucoup de zones rurales, le foncier n\u2019est jamais neutre. Au B\u00e9nin, un projet agroforestier a \u00e9chou\u00e9 simplement parce que les parcelles \u00ab lib\u00e9r\u00e9es \u00bb par l\u2019\u00c9tat \u00e9taient en fait des terres historiquement utilis\u00e9es par les \u00e9leveurs peuls pour la transhumance saisonni\u00e8re. L\u2019\u00e9quipe du projet, pourtant s\u00e9rieuse et bien financ\u00e9e, n\u2019avait consult\u00e9 que les autorit\u00e9s administratives. Elles avaient donn\u00e9 leur accord parce que, pour elles, ces terres \u00e9taient \u00ab vacantes \u00bb.<br>Les Peuls, eux, ne venaient pas aux r\u00e9unions de village, car ils vivent en p\u00e9riph\u00e9rie et ne se consid\u00e8rent pas comme membres du village. R\u00e9sultat : les jeunes plants d\u2019anacardiers ont \u00e9t\u00e9 syst\u00e9matiquement brout\u00e9s \u00ab par accident \u00bb, ann\u00e9e apr\u00e8s ann\u00e9e, jusqu\u2019\u00e0 l\u2019abandon du projet.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019inverse, au Ghana, un projet de restauration a r\u00e9ussi pr\u00e9cis\u00e9ment parce qu\u2019il avait compris cette notion de m\u00e9moire fonci\u00e8re. Plut\u00f4t que de planter directement, l\u2019\u00e9quipe a commenc\u00e9 par cartographier les usages coutumiers, les zones communautaires, les sites sacr\u00e9s, les lieux d\u2019eau, les chemins pastoraux. Cette cartographie n\u2019\u00e9tait pas un exercice technique : c\u2019\u00e9tait un pr\u00e9texte pour passer du temps sur le terrain, comprendre les sensibilit\u00e9s, identifier les acteurs invisibles. Le projet a finalement modifi\u00e9 son p\u00e9rim\u00e8tre initial pour pr\u00e9server un ancien cimeti\u00e8re clanique dont personne, initialement, ne parlait.<br>Ce simple ajustement a d\u00e9clench\u00e9 un soutien massif de la communaut\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Les erreurs courantes existent vraiment \u2014 et elles ont toujours un visage<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">L\u2019erreur la plus typique est celle de l\u2019accord de fa\u00e7ade.<br>Au Nig\u00e9ria, un projet de mangroves a obtenu le soutien officiel du chef traditionnel. En apparence, tout \u00e9tait en r\u00e8gle. Mais ce chef avait \u00e9t\u00e9 nomm\u00e9 r\u00e9cemment par l\u2019administration, apr\u00e8s un conflit communautaire. Les anciens et les p\u00eacheurs ne le reconnaissaient pas. Quand l\u2019\u00e9quipe du projet a organis\u00e9 une r\u00e9union publique, la moiti\u00e9 du village n\u2019est pas venue. On a interpr\u00e9t\u00e9 cela comme du \u00ab d\u00e9sint\u00e9r\u00eat \u00bb.<br>Quelques mois plus tard, les jeunes plants de mangroves ont commenc\u00e9 \u00e0 dispara\u00eetre.<br>Pas par vandalisme, mais parce que les p\u00eacheurs estimaient qu\u2019on n\u2019avait pas respect\u00e9 leur l\u00e9gitimit\u00e9. Ils voulaient \u00eatre consult\u00e9s par leurs propres repr\u00e9sentants, pas par \u00ab un chef de bureau \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au Mozambique, c\u2019est une promesse mal formul\u00e9e qui a ruin\u00e9 un projet pourtant techniquement solide. Lors d\u2019une r\u00e9union initiale, un technicien local avait expliqu\u00e9 que \u00ab le carbone pourrait rapporter beaucoup d\u2019argent \u00bb. La phrase \u00e9tait vague, mais elle a suffi \u00e0 cr\u00e9er une attente : les villageois pensaient que les b\u00e9n\u00e9fices seraient imm\u00e9diats.<br>Deux ans plus tard, aucune certification n\u2019\u00e9tait finalis\u00e9e \u2014 ce qui est normal \u2014, mais pour eux, cela signifiait que \u00ab le projet ne respectait pas sa parole \u00bb. La confiance s\u2019est effondr\u00e9e en quelques semaines. Un malentendu initial a g\u00e9n\u00e9r\u00e9 un conflit qui a mis fin \u00e0 la collaboration.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">\u00c0 l\u2019inverse, au Kenya, un projet d\u2019agroforesterie a parfaitement g\u00e9r\u00e9 cette question de promesse. D\u00e8s le d\u00e9but, l\u2019\u00e9quipe a expliqu\u00e9 trois fois de suite, devant trois groupes diff\u00e9rents (anciens, femmes, jeunes), que les revenus carbone prendraient du temps, qu\u2019ils pourraient varier, et que rien n\u2019\u00e9tait garanti.<br>Cette honn\u00eatet\u00e9, loin de d\u00e9courager, a cr\u00e9\u00e9 une cr\u00e9dibilit\u00e9 imm\u00e9diate. Quand les premi\u00e8res ann\u00e9es n\u2019ont pas g\u00e9n\u00e9r\u00e9 de revenus, personne n\u2019a parl\u00e9 de \u00ab trahison \u00bb. La confiance reposait sur la transparence, pas sur l\u2019esp\u00e9rance.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>Ce que font les projets qui r\u00e9ussissent \u2014 et que les autres passent sous silence<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Dans les projets qui tiennent, on observe toujours la m\u00eame chose : une pr\u00e9sence physique, r\u00e9guli\u00e8re, presque obstin\u00e9e, sur le terrain. \u00c0 Madagascar, une ONG qui travaille sur la restauration de for\u00eats s\u00e8ches a fait un choix rare : installer deux m\u00e9diateurs communautaires dans chacun des villages concern\u00e9s, recrut\u00e9s localement, mais form\u00e9s par l\u2019\u00e9quipe centrale.<br>Leur r\u00f4le n\u2019\u00e9tait pas de \u00ab sensibiliser \u00bb, mais d\u2019\u00e9couter et de rapporter les signaux faibles : une rumeur, un m\u00e9contentement, un changement dans les alliances familiales, une tension li\u00e9e \u00e0 la r\u00e9partition des temps de travail.<br>Quand un groupe de jeunes estimait que les travaux de p\u00e9pini\u00e8re profitaient surtout aux anciens, le m\u00e9diateur le signalait rapidement. L\u2019\u00e9quipe ajustait les plannings, r\u00e9affectait des t\u00e2ches, expliquait les raisons.<br>C\u2019est ce type de micro-r\u00e9gulation qui donne une stabilit\u00e9 \u00e0 long terme.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Au S\u00e9n\u00e9gal, un projet de r\u00e9g\u00e9n\u00e9ration naturelle assist\u00e9e a mis en place une forme de gouvernance locale qui n\u2019\u00e9tait ni \u00ab participative \u00bb ni \u00ab consultative \u00bb : elle \u00e9tait op\u00e9rationnelle. Chaque village avait un comit\u00e9 dont la moiti\u00e9 des membres \u00e9taient des femmes, non pour cocher une case, mais parce que ce sont elles qui g\u00e8rent les haies, la r\u00e9colte des feuilles, les zones vivri\u00e8res. Elles voyaient les probl\u00e8mes avant tout le monde.<br>C\u2019est ce comit\u00e9 qui d\u00e9cidait, par consensus, des zones \u00e0 prot\u00e9ger, des p\u00e9riodes de fermeture saisonni\u00e8re, et des sanctions en cas d\u2019infraction.<br>Ce pouvoir r\u00e9el \u2014 et pas symbolique \u2014 a donn\u00e9 au projet une long\u00e9vit\u00e9 exceptionnelle.<\/p>\n\n\n\n<h2 class=\"wp-block-heading\"><strong>L\u2019acceptabilit\u00e9 sociale n\u2019est pas un \u00e9l\u00e9ment du projet : c\u2019est le projet<\/strong><\/h2>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Ce que montrent tous ces exemples, c\u2019est que l\u2019acceptabilit\u00e9 sociale n\u2019est jamais un correctif qu\u2019on applique apr\u00e8s coup. Elle est un mode de fonctionnement. Elle repose sur la compr\u00e9hension fine d\u2019un territoire, la gestion des relations, la transparence, et la capacit\u00e9 \u00e0 faire des choix qui respectent les logiques locales.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Un projet NBS ne s\u2019effondre jamais \u00e0 cause de la technique.<br>Il s\u2019effondre quand les communaut\u00e9s cessent d\u2019y croire.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\">Et \u00e0 l\u2019inverse, un projet peut traverser une s\u00e9cheresse, un retard de financement, un changement politique \u2014 s\u2019il repose sur une alliance solide avec ceux qui vivent sur la terre. C\u2019est cette alliance, plus que n\u2019importe quel manuel m\u00e9thodologique, qui fait la durabilit\u00e9.<\/p>\n\n\n\n<p class=\"wp-block-paragraph\"><\/p>","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Dans l\u2019univers des projets carbone, on parle beaucoup de mod\u00e8les financiers, de MRV, de m\u00e9thodologies, de permanence. 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