Pourquoi la COP30 constitue une opportunité concrète pour les projets SFN

Jean-Luc Lesueur

21 novembre 2025

La COP30, qui s’est tenue à Belém (Brésil) en novembre 2025, est présentée comme un moment clé pour que les solutions fondées sur la nature (SFN) passent de l’engagement à l’action. Pour les porteurs de projets SFN — notamment en reforestation et agroforesterie — cette COP représentait à la fois une fenêtre d’opportunité et un défi de taille. Interrogeons nous sur ce que la COP30 a concrètement apporté aux projets SFN, quels étaient les attentes et les risques spécifiques liés à cette conférence, puis comment orienter vos projets pour maximiser leur chance de s’inscrire dans cette dynamique. Un pari optimiste mais conditionnel.


Le lieu et le symbole

Le fait que la COP30 se déroule en Amazonie — dans un pays tropical forestier — change la donne. Comme l’indique Nature‑based Solutions Initiative, « Belém marque la première COP organisée dans un pays à forêt tropicale depuis des décennies — une occasion symbolique et pratique de placer les forêts au cœur de l’action climat. » . Ce contexte renforce l’attention portée aux projets de reforestation, conservation ou agroforesterie dans les pays tropicaux.

Cadres opérationnels et nouveaux mécanismes de financement

La COP30 a été l’occasion de rappeler que les gouvernements doivent passer de l’engagement aux cadres opérationnels pour les NBS, et d’annoncer des mécanismes financiers porteurs. Toutefois, même si l’orientation est favorable, l’ampleur du financement pour les SFN reste un défi.

Le « Nature at COP30 Advocacy Toolkit », publié par Business for Nature pour aider les acteurs publics et privés à comprendre les enjeux « nature » de la COP30 souligne l’importance d’accroître « l’accès direct de communautés et d’entreprises locales aux financements et services d’entreprise ». Pour les porteurs de projets, il faudra donc être prêts à capter de nouveaux types de financements, parfois conditionnés à des normes accrues.

Normes, qualité et transparence : un axe central de la COP30

La COP30 met explicitement l’accent sur le renforcement des normes, de la qualité et de la transparence pour les projets SFN. Cette orientation apparaît dans plusieurs initiatives et événements officiels programmés autour de la conférence.

Le groupe « Nature-based Solutions » de la COP30 souligne que l’une des priorités est de développer des standards d’évaluation harmonisés, adaptés aux différents biomes, afin d’améliorer la crédibilité des projets et leur intégration dans les marchés carbone. On observe que les gouvernements passent des engagements à des cadres opérationnels incluant davantage d’exigences en matière de monitoring, reporting & verification (MRV).

Plusieurs événements de la COP30 illustrent cet accent mis sur la transparence et la qualité des projets SFN :

  • ICAT – Transparency & Climate Action Sessions : ateliers consacrés au suivi, à la vérification et à l’amélioration de la qualité des données utilisées dans les projets nature-climat.
  • SB-COP30 – Nature-based Solutions Track : sessions dédiées aux standards d’évaluation, aux pratiques de MRV, et à l’intégration des NBS dans les mécanismes carbone internationaux.
  • Panels Nature4Climate : présentations de données montrant l’évolution des mentions « MRV / frameworks opérationnels » dans les plans nationaux, et discussions sur la manière d’améliorer la transparence.
  • Business for Nature – Advocacy Events : mise en avant de la nécessité de cadres solides pour éviter le greenwashing, renforcer la crédibilité et faciliter l’accès aux financements.

Dans ce contexte, les porteurs de projets SFN doivent s’attendre à une demande accrue de rigueur technique, de méthodologies vérifiables, et de transparence des résultats, conditions indispensables pour bénéficier pleinement de la dynamique COP30.

Gouvernance locale et justice sociale

La COP30 a accordé une importance croissante à la participation réelle des peuples autochtones et des communautés locales dans la conception, la mise en œuvre et la gouvernance des projets NBS. Les documents préparatoires des organisations engagées sur la COP30 rappellent que l’action climatique fondée sur la nature doit être conduite localement, garantir les droits fonciers, et assurer une répartition équitable des bénéfices.

Cet accent s’inscrit dans un constat largement partagé : les projets nature-climat sont plus efficaces, plus durables et mieux acceptés lorsqu’ils sont co-gouvernés avec les communautés qui vivent sur les territoires concernés. À l’inverse, lorsque ces dimensions sont négligées, les risques sont multiples :

  • contestation sociale ou refus de collaboration,
  • blocages opérationnels liés à des conflits d’usage ou des tensions foncières,
  • affaiblissement de la crédibilité du projet, notamment auprès des financeurs de plus en plus attentifs aux critères sociaux,
  • risques réputationnels pour les porteurs de projets, dans un contexte où l’intégrité sociale devient un pilier de la qualité des SFN.

L’un des messages clés associés à la COP30 est donc que les projets SFN doivent démontrer, de manière tangible, qu’ils sont ancrés dans les réalités locales, qu’ils s’appuient sur les savoirs traditionnels, qu’ils renforcent les capacités locales, et qu’ils intègrent une gouvernance inclusive dès le départ. C’est désormais une composante incontournable pour accéder à certaines formes de financement, mais aussi pour répondre aux attentes politiques et sociétales associées à la COP30.

Recommandations pour orienter vos projets vers le contexte COP30

  • Positionner votre projet dans l’optique COP30-Forêt tropicale : mettez en avant la pertinence de votre projet de reforestation/agroforesterie dans un contexte tropical, soulignant les bénéfices pour le climat et la nature, alignés avec les priorités de la COP30.
  • Renforcer les critères qualité et gouvernance : assurez-vous que la valeur carbone et biodiversité de votre projet soit quantifiée, auditable, et que les communautés locales soient parties prenantes. Cela répond aux attentes portées à Belém.
  • Viser des mécanismes financiers innovants : soyez attentif aux dispositifs annoncés à la COP30 (fonds, partenariats public-privé, blended finance) et préparez votre projet à y accéder.
  • Articuler une narration de co-bénéfices : au-delà de la séquestration carbone, valorisez les services écosystémiques, la restauration des sols, l’agroforesterie, les emplois locaux, l’amélioration des revenus communautaires. Cette dimension est mise en avant à la COP30.
  • Assurer la transparence et la traçabilité : documentez-vous sur les standards émergents, soyez prêts à fournir des données, des indicateurs, des résultats tangibles.

Conclusion

La COP30 a constitué un moment charnière pour que les projets SFN — en particulier ceux de reforestation et d’agroforesterie dans les pays tropicaux — prennent une dimension accrue dans l’action climat : tant par la visibilité que par les mécanismes financiers et normatifs associés. Pour les porteurs de projets NBS, c’est une opportunité réelle mais conditionnée à une préparation rigoureuse : qualité de projet, gouvernance locale, transparence, co-bénéfices, capacité à s’inscrire dans des cadres nouveaux.

Le pari est donc optimiste mais il n’est pas sans risque : si les projets ne montent pas en rigueur ou ne traitent pas les enjeux sociaux et de gouvernance, ils pourraient rester en marge de la dynamique. En résumé : une fenêtre d’opportunité à saisir avec sérieux.

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